La Chine – un modèle écologique ?

Bien que la Chine soit toujours le premier pollueur au monde avec 9 milliards de tonnes de CO2 par an, soit 28% des émissions mondiales, on constate une amélioration significative ces dernières années. En effet, le gouvernement a lancé un plan d’envergure pour endiguer ce problème de pollution qui n’impacte pas seulement la couche d’ozone, mais aussi la santé de ses habitants. 

La population lourdement impactée

La principale problématique environnementale en Chine est liée à la pollution de l’air. En cause, son développement massif afin de prendre la place de “première puissance économique mondiale”. Pour cela, la Chine a tout simplement copié le modus operandi des Etats-Unis des années 80, y compris leur mode d’alimentation en énergie. Celle-ci est à 71% fossile (principalement du charbon) et donc très chargée en rejet de CO2. La pollution atmosphérique qui en découle fait depuis des années état de réclamation au sein de la population, qui a pourtant l’habitude d’être opprimée et muette face au régime communiste. Mais si les habitants ont commencé à s’indigner, c’est parce qu’ils en ont subi de lourdes conséquences. En effet, on considère d’après une étude menée en 2013 que l’espérance de vie à la naissance a baissé de 5,5 ans dans le nord de la Chine. Rien qu’en 2012, il y aurait également eu plus de 670.000 décès prématurés suite à des cancers du poumons ou autres maladies respiratoires en raison des particules fines.

Source : http://french.china.org.cn/china/txt/2015-12/29/content_37416289.htm (2015)

La guerre contre la pollution

C’est dans ce contexte qu’en 2013 le président Xi Jinping a déclaré officiellement “la guerre contre la pollution”. Quand la Chine passe à l’action elle n’y va pas de main morte. Le gouvernement a mis en place des mesures drastiques afin de diminuer l’impact environnemental du pays :

  •  possibilité de sanctionner et saisir les biens des entreprises polluantes
  •  les sociétés qui ne respectent pas les lois de protection de l’environnement sont nommées et humiliées publiquement
  • pas de plafond pour les amendes liées à la pollution
  • les dirigeants peuvent faire de la prison pour des infractions environnementales
  • les gouvernements provinciaux sont à présent jugés sur l’économie ET l’environnement
En tout, ce sont 70 mesures qui sont mises en place afin de mener ce combat contre la pollution. Ces mesures portent visiblement leurs fruits. Entre 2013 et 2017, les particules fines dans l’atmosphère ont diminué de 32% ! C’est une des conséquences les plus visibles. Il faut dire qu’on partait de loin. A Pékin par exemple, une des villes les plus impactées par la pollution atmosphérique, la limite de particules fines conseillée par l’OMS est dépassée 300 jours par an. Autant dire que pour un pékinois, “l’alerte smog” bruxelloise ressemble presque à un bar à oxygène.
Ces améliorations sont tellement marquantes que lors d’une visite officielle, Emmanuel Macron déclara en 2018 qu’il n’avait jamais vu Pékin ainsi (avec un ciel bleu).
Bund Shanghai avec ciel bleu
Photo que j'ai prise sur le célèbre Bund en septembre 2019
J’ai moi-même pu constater une nette amélioration. En 2015, j’ai visité Shanghai pour la première fois. Après quelques jours passés dans la ville, je ressentais une gène au niveau respiratoire. En 10 jours, je n’ai pas vu une seule fois la vraie couleur du ciel. A l’inverse, lors de mon dernier passage à Shanghai en septembre 2019, je respirais normalement et on aurait pu se croire dans n’importe quelle métropole européenne.
 
Très récemment, à l’instar d’autres pays d’Asie du Sud-Est comme les Philippines et la Malaisie, la Chine a décidé de ne plus être la poubelle du monde. Depuis janvier 2018, il est interdit d’importer des déchets plastiques. Ceux-ci provenaient bien souvent d’Europe ou d’Amérique.-

Une société à deux vitesses

A côté des points encourageants abordés dans les paragraphes précédents, il est évident que tout n’est pas parfait et qu’il y a encore beaucoup de zones d’ombre. Régulièrement, des scandales éclatent sur le traitement des déchets, comme par exemple en 2016 quand 20.000 tonnes de déchets ont été déversés dans le lac Suzhou, à seulement 70 km de Shanghai. Ce genre d’affaires est l’oeuvre de patrons d’usines de traitement des déchets peu scrupuleux qui ne respectent pas les nouvelles directives écologiques.

Dans beaucoup d’endroits plus isolés, il n’y a pas encore de traitements de déchets organisés. En conséquence, les décharges sauvages se multiplient et on peut souvent observer des petits tas de déchets incandescents aux abords des villages.

Sur place, j’ai vu un peu de tout. Beaucoup de poubelles et de panneaux incitants au respect de l’environnement sont installés partout pour éduquer les chinois et faire évoluer les mentalités. Des personnes sont engagées pour aller chercher des déchets dans les endroits les plus périlleux. Je montrais par exemple sur la page Facebook de Natopia, une vidéo du “plogging de l’extrême” – un ouvrier qui ramassait des bouteilles de plastique en bord de falaise sur la montagne Tianmen, sans aucune protection.

A côté de ça, souvent dans les plus petits village ou des zones un peu plus reculées, des points d’eau sont utilisés comme des décharges publiques.

Etang utilisé comme décharge dans la ville de Yuanshuo (09/2019)

5 éco-mesures chocs - Pourquoi pas chez nous ?

J’ai déjà évoqué les mesures mises en place par le gouvernement chinois afin de réduire l’impact environnemental de l’industrie. Ici, nous allons aborder des mesures plus concrètes pour le citoyen. Pourrait-on les appliquer chez nous ou au moins s’en inspirer ? 

Des transports publics quasi gratuits et ponctuels

C’est le point qui fera jalouser tout navetteur de la SNCB. Dans les grandes villes comme Shanghai, les transports en commun sont d’une efficacité et d’une ponctualité chirurgicale. Un vaste réseaux de métro couvre toute la ville avec 14 lignes. Les emprunter vous coûtera entre 1 et 8 yuan, à savoir entre 0,13 euros et 1,00 euro. Même durant le plus long trajet que j’ai pu parcourir, entre les deux aéroports de la ville qui sont diamétralement opposés, je n’ai payé qu’un euro pour 1h30 de métro (28 stations). 

Les bus et autocars sont également monnaie courante en Chine. Cette solution est évidemment la moins onéreuse et permet à la classe moyenne pauvre de découvrir son propre pays. Ces trajets sont souvent plus longs et moins confortables mais permettent de desservir des zones plus rurales ou des villes de tailles moyennes.

Le réseau de high speed trains, style TGV est également très efficace. On peux relier la plupart des grandes villes en train en un temps record sans devoir prendre l’avion. Plus rapide, plus écologique et moins cher. Le rail est le moyen de transport le plus utilisé en Chine. 

Pendant ce temps-là, on attend toujours le RER autour de Bruxelles depuis 2004… 😀 

Train haute vitesse à Shanghai (09/2019)

Une loterie pour l'attribution des plaques d'immatriculation 

Vous avez bien lu, à Pékin, si vous souhaitez disposer d’une plaque d’immatriculation afin de pouvoir rouler en voiture, vous devez participer à la grande loterie. Celle-ci a lieu une fois tous les deux mois et un quota de nouvelles plaques est défini par catégorie (essence et électrique) chaque année. Pour avoir une idée des chances, en décembre 2018 plus de 3.000.000 de chinois s’étaient inscrits à la loterie pour plus ou moins 6000 autorisations à la clé; soit 1 sur 500

A Shanghai, le gouvernement de province a plutôt opté pour la loi du plus riche. Les plaques sont mises aux enchères et se négocient en moyenne autour des 13.000 euros. Certaines plaques contenant les numéros “888”, considéré comme porte-bonheur peuvent monter à plus de 100.000 euros. On se retrouve donc avec des plaques plus chères que les véhicules. Pas sûr que ça serait bien accepté chez nous ! 

La révolution électrique

S’il y a bien un changement flagrant entre ma visite de 2015 et de 2019, c’est ça : plus de 95% des scooters dans la ville sont à présent électriques.

Une ville grouillante de 24 millions d’habitants comme Shanghai devient presque silencieuse. Bon j’exagère peut-être un peu, parce que le klaxon reste une discipline nationale en toute circonstance.

Mais blague à part, c’est très intelligent de s’être focalisé sur le marché des scooters car il est majoritairement utilisé pour des petits trajets. C’est sur de petites distances qu’on consomme et qu’on pollue le plus. Les voitures électriques se développent aussi mais nettement moins. En cause entre autres, le manque de bornes à travers le pays.

Des autoroutes hors de prix

En Chine le réseau autoroutier est très vaste et surtout en expansion constante. Actuellement il est composé de plus de 142 500 km de routes. A titre de comparaison, toute l’Europe totalise 80.000 km de réseaux. Cette étendue permet de se déplacer aisément et ils n’hésitent pas à construire par dessus des montages, rivières etc. Si cette solution est pratique, elle n’est pas réservée à tout le monde. Les autoroutes sont majoritairement payantes et pas bon marché par rapport aux salaires locaux. Durant mon dernier voyage, j’ai emprunté une autoroute dans la province de Guilin pour me rendre de Yangshuo à l’aéroport, soit une heure de route qui était facturée 40 yuan (5 euros). A ce prix là, je vous prie de croire que l’autoroute est un boulevard VIP où on ne risque pas de se retrouver coincé dans les bouchons. Si vous ne souhaitez pas payer, il vous reste toujours les petites routes surchargées. Alors, prêt pour le ring payant à Bruxelles ?! 

Eau chaude gratuite

Il y a un énorme paradoxe à propos de l’eau en Chine. D’une part la majorité des eaux du robinet en Chine ne sont pas potables, les chinois consomment donc énormément d’eau en bouteille, ce qui est évidemment très polluant. D’autre part, les chinois se trimbalent en permanence avec des gourdes qu’ils peuvent remplir d’eau chaude gratuitement à de nombreuses fontaines à eaux dans les bâtiments publiques, les aéroports, les gares, etc. Quand je dis eau chaude, c’est en fait brûlant. Bien souvent, elle sort à 99 degrés. C’est la tradition chez eux car l’eau chaude est jugée plus saine. Super idée mais attention de ne pas se brûler le palais ! 

Point d'eau dans l'aeroport de Shanghai (09/2019)

Conclusion

La Chine a complètement changé son fusil d’épaule en ce qui concerne sa politique environnementale ces dernières années. Le gouvernement punit à présent sévèrement les pollueurs et incite aux comportements éco-responsables.

Il reste donc encore pas mal de chemin à parcourir pour la Chine en terme d’écologie. Néanmoins, ces dernières années, le pays adopte clairement une tendance écologique. Comme avait déclaré Michael Greenstone, qui a dirigé l’étude à l’Institut de politique énergétique de l’Université de Chicago: “Il n’y a pas d’exemple d’un pays parvenant à une réduction aussi rapide de la pollution atmosphérique. C’est remarquable”.

Dans la vie de tous les jours, la Chine bénéficie de nombreuses fontaines à eaux gratuites, de transports en commun hautement efficaces et quasi gratuits, de nombreux petits véhicules électriques et ils utilisent un réseaux autoroutier payant et un système de loterie des plaques pour limiter le trafic.

Alors pensez-vous que la Chine est un modèle écologique ? Lesquelles de ces mesures pourrions nous appliquer chez nous ? 
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